C’est avec l’esprit un peu embrouillé que je referme le livre de l’ami Guy Birenbaum, Vous m’avez manqué, histoire d’une dépression française. Il y raconte plusieurs mois d’errance, glissant vers ce que nous appelons le « burn out » que lui préfère nommer « burn in », et les ravages que cette maladie aura causé dans sa vie de tous les jours. Il parle aussi de l’après, du travail qu’il y a à accomplir pour guérir. Enfin, il nous renvoie aux dérives de la société dans laquelle nous évoluons.

Il a pris un coup de vieux, Guy… C’est ce que je me suis dit en poussant la porte de cette librairie. J’étais arrivée en avance, on a pris le temps de papoter, puis je m suis enfuie laissant derrière moi une boutique pleine de (futurs) lecteurs. Il a pris un coup de vieux, et j’ai compris pourquoi en lisant ses mots.

C’est fait de toutes petites choses, une dépression. De l’accumulation, parfois depuis des années, de petits signes quotidiens aussi, qui devraient nous alarmer mais qui, hors contexte, paraissent insignifiants : des douleurs, des réactions du corps et de l’esprit… Et ces événements, toujours, qui en rajoutent une couche.

Je me rappelle de Guy quittant la matinale d’Europe1, événement qui l’aura marqué, bien plus que nous, simples auditeurs, amis, internautes, ne pouvions imaginer. Je me souviens aussi de ce bain de mer à Trouville, pour basher la rentrée que je trouvais ridicule, totalement en adéquation avec les réseaux sociaux qui lui faisaient la part belle.

Je me souviens des propos de certains, en ligne, entre racisme (trop) ordinaire, antisémitisme et violence psychologique. Je  me souviens penser « un de plus… » en passant généralement dessus sans y faire attention.

Pourtant, ce sont toutes ces petites violences quotidiennes qui, entre autres choses, ont fini de précipiter Guy vers la dépression. Ce sont toutes ces publications en ligne qui aujourd’hui montrent qu’il était alors à bout.

Et pourtant, nous n’avons rien vu venir, nous n’avons rien fait. Plusieurs des passages de ce livre m’ont alors mise un peu mal à l’aise… mais dans le bon sens. Celui qui fait réfléchir, comprendre que même en le remarquant, cela n’aurait rien changé puisqu’on s’aperçoit au fil des pages que la dépression a tissé sa toile depuis des années, lentement mais sûrement.

Et puis en poussant un peu plus loi la réflexion, on s’aperçoit que, comme le dit Guy, c’est toute la France qui glisse peu à peu vers du sombre, du démago, du pas joli, du qui pue… doucement, salement, en silence. La violence verbale est devenue un lot quotidien. On y fait attention, quelques minutes du moins, avant de passer à autrechose. La société de l’immédiateté a changé notre façon de consommer les médias et bien entendu leur façon d’en faire puisque cela ne coûte pas très cher et qu’on continue d’en demander.

On se surcharge de ce que l’on croit être des informations alors que ce fast news est à l’info ce que le fast food est à la restauration. Nous sommes ultraconnectés depuis quelques années, respect et politesse ont été remplacés par l’apostrophe, l’analyse et la réflexion à la psychologue de comptoir. Guy, qui regarde dans les tubes depuis des années, a senti monter ces changements sociétaux qui ont aujourd’hui des conséquences sociales et politiques, propulsant sans honte des courants extrémistes sur le devant de la scène. Là dessus, Guy a su mettre les mots que je n’arrivais pas à poser.

Se relever

Et puis se tenir debout. Fébrilement, réapprendre à marcher en se sentant plus léger. Pas tout à fait guéri, mais en ayant compris qui sont ses vrais amis, Guy raconte comment il se relève, petit à petit, comment il tient debout, avec ou sans cachets, et avance, toujours en travaillant sur lui.

Il a perdu quelques habitudes, bonnes ou mauvaises, il a repris le travail, je peux de nouveau « mettre Guy » mais dans le téléphone, en podcasts, avec un petit décalage par rapport au direct. Et puis il dédicace son bouquin, à l’occasion, et ça c’est fichtrement bien parce qu’il prend le temps (oui oui, ça existe encore aujourd’hui les gens qui prennent le temps) de parler avec les gens.

Alors lisez le bouquin, allez l’acheter un jour de signature, c’est mieux. Derrière la porte de cette librairie, il y a le Guy que j’ai connu, un jour en ligne, plus tard dans un café parisien, plus tout à fait le même parce que la vie vous met des claques, mais pas vraiment différent de celui que je lisais dans les premiers temps, redevenu humble et l’esprit tourné vers le collectif.

Il a pris un coup de vieux, Guy, mais en même temps, il n’a pas honte de ces cannes qui l’aident à tenir debout. Ce n’est jamais facile de dire « j’ai mal », « j’ai souffert », « je me suis trompé ». Pas facile de reconnaître qu’on a encore un peu besoin de cachets, encore un peu besoin de voir un psy… Il le fait, et en plus c’est bien écrit.

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