Dirigé par Bernard Rougier et Stephane Lacroix

L’Egypte, 90 millions d’habitants, dont près d’un quart se concentrent sur la mégalopole du Caire. Quatre ans après le renversement d’Hosni Moubarak, l’ancien président déchu, les caméras ont déserté la place Tahrir et c’est maintenant que commence le travail des chercheurs qui ont assez de recul pour analyser la période de reconstruction.

Ce livre présente différentes études, tant démographiques, que politiques, historiques et économiques, permettant de comprendre au mieux l’Egypte d’aujourd’hui.

Mohamed Morsi, tout d’abord, premier président égyptien élu démocratiquement en 2012 et issu de la formation des Frères Musulmans, est présenté tantôt tel un batisseur, tantôt tel un homme politique dépassé par la situation.

Son parti, est présenté sous un jour assez inconnu des occidentaux par Patrick Haenni. Le chercheur s’intéresse aux structures mises en place par les Frères Musulmans pour les hommes d’affaires, structures sur lesquelles la reconstruction du pays devait reposer. Ebda, par exemple, pour Egyptian Business développement association, devait permettre d’accroître, sur le long terme, les partenariats public-privé. En arabe, son acronyme signifie « commerce ».

C’est par l’investissement que le parti voulait redresser l’économie égyptienne et créer de l’emploi. Comme sur le terrain, à l’intérieur même des quartiers, où ils ont fait campagne pendant plusieurs dizaines d’années, les membres de la confrérie savent que l’argent est la solution pour gagner des soutiens, et que le travail est une voie pour sortir le pays de son marasme. Alors les députés issus de ce parti enchaînent, comme ils l’ont toujours fait, les foires aux vêtements, tandis que les leaders du mouvement travaillent avec les entreprises les plus importantes du pays.

Peu à peu, les élites se coupent de la base alors que la confrérie repose sur un terreau populaire. C’est notament cette rupture avec la population égyptienne qui est à l’origine de l’échec du processus de reconstruction. Les votes à répétition aussi. De mars 2011 à juin 2012, soit sur une période d’un peu plus d’u an, la révolution a produit 17 jours de vote.

Ces structures économiques, aussi surprenant que cela puisse paraître, reposaient sur des partenariats très forts avec des hommes d’affaires coptes et proches de l’ancien régime tels que Mansour Amer ou Sawfat Thabet, censés relancer l’économie du pays.

Ce livre permet aussi de revenir sur les soubresaut qui ont mené au coup d’état perpétré par l’armée Egyptienne et justifié par l’autoattribution des pleins pouvoirs par le président Morsi. Encore une fois, il est question d’argent et de cnstruction.

En effet, c’est la volonté des Frères Musulmans d’installer un pole économique basé sur les nouvelles technologies, le long du canal de Suez, qui a fâché l’armée qui souhaitait garder les pleins pouvoirs dans le Sinaï.

Après le coup d’état, le Maréchal Sisi, nouveau chef du pays, s’empare de l’assemblée constituante en la remplissant à 85 % de représentants de syndicats officiels proches de l’appareil d’état, s’assurant ainsi l’absence d’une opposition qui serait trop virulente.

Ce livre ne raconte pas d’histoire mais permet, en croisant différents papiers et angles de vue, de se faire une idée de l’Histoire : Celle d’un pays au processus de reconstruction raté alors que, selon les chercheurs, tus les éléments étaient là pour créer les conditions d’une réussite, aussi longue soit-elle à se manifester.

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