J’ai vu des curés se faire fister, le Pape mourir plusieurs fois, des croyants s’attraper entre eux avec leur crucifix…  Non, pas dans ce numéro lecteur ! Mais j’en ai vu sur les chrétiens, depuis tout ce temps que je lis Charlie !

J’ai ri en lisant ce Charlie Hebdo, mais j’ai surtout ri en lisant le déferlement de commentaires sur les sites, dans la presse, sur les réseaux sociaux… parfois même venant de la part de gens qui n’avaient pas ouvert ce journal. J’ai la chance d’avoir un buraliste cool, hommage à lui, qui m’a proposé de m’en mettre un de côté. Je me suis dit « tout ça pour ça ? »

Charlie, c’est aussi le souvenir de la série des Burqalembours dans les éditions que je me faisais rapporter quand je vivais en Egypte et qu’un ami, un inervenant, un journaliste ou un couchsurfeur arrivait depuis la France. Ce moment où tu fais « oups ! » en t’apercevant que tu l’as laissé sur la table et que des potes égyptiens et très croyants sont dans la salle… et rient de bonne grâce en voyant les dessins.

Vous l’aurez compris, J’y suis un peu attachée mais je vais essayer de traiter ce qui, selon moi, est le fond du problème.

Ca a parlé, bavassé, jacassé, dans tous les sens et partout sur cette édition du journal satirique. Seulement, personne ne s’est interrogé sur la Une, sur le message que la rédaction de Charlie Hebdo voulait faire passer. Deux hommes, l’un poussant l’autre assis dans un fauteuil, clin d’œil évident au film où Omar Sy joue les accompagnateurs d’handicapé. Et ce titre « intouchables 2 ». L’un des deux est un juif orthodoxe, l’autre un musulman.

On ne peut rien dire sur…

Le message que véhicule cette Une, finalement, est le fait que, aujourd’hui, en France, On ne peut rien dire ou écrire de négatif (attention, en toute objectivité, après enquête, après avoir recoupé les infos) sur les juifs et les musulmans. Preuve en est, ce qui se déroule autour de nous avec cette Une dont on parle encore plus d’une semaine après sa sortie.

Ensuite, sur les réactions que cela a entraîné, le fait qu’une poignée de personnes soient allées manifester… c’est juste un pschit, un pet, un courant d’air. Que représente cette poignée qui fait du bruit par rapport à tous ces musulmans qui n’ont rien dit ?

Nous vivons dans une société de plus en plus égoïste ui vit de plus en plus sur la peur. La peur de l’autre, la peur de la différence. Et aujourd’hui, notre société à peur des barbus d’Al Qaeda, du Mali ou de n’importe quele barbu croisé dans le métro… Bravo le vivre ensemble ! Une société qui vit sur la peur est une société qui devient folle, n’est plus maître de ses réflexes, de ses excès… Et pendant qu’on inonde la toile et le reste de son avis, on ne se concentre plus sur le fond.

Vivre ensemble ?

Et pourquoi une poignée devrait dicter ce qui est bon ou pas à mettre dans un journal ? On appelle ça un comité de censure à la base. En Egypte, le blogueur Albert Saber Ayyad, par exemple, a été arrêté le 13 septembre dernier pour raison que son blog où il parlait de son athéïsme (dans un pays où il faut  tout prix exposer sa religion) dérangeait… Est-ce dans ce genre de situation que l’on veut arriver ? Depuis, sa famille est sans nouvelles.

Je soutien ce droit à la liberté d’expression

Ils ont le droit de traiter l’info comme ils le souhaitent. Après, si des gens se sentent personnellement touchés, qu’ils aillent devant les tribunaux, la loi leur en donne le droit, qu’ils en profitent !  Mais de là à faire reculer la liberté d’expression au profit d’une poignée.

Une histoire de fanatismes, pas de religions

Quand j’étais en Egypte, c’était la question préférée des chauffeurs de taxis. « C’est quoi ta religion ? t’est chrétienne ? » Ben non… Alors je répondais « bouddhiste » en regardant mes pieds et en me disant qu’il s’imagineront trois bonzes en orange et comme ils n’y connaissent rien, ne m’embêteront pas… Puis un jour, j’ai dit « athée », comme ça, juste histoire de dire la vérité, pas pour de la provoc. S’en suivaient tout un tas de questions et on en arrivait toujours à la conclusion que j’irai brûler en enfer, c à quoi je répondais que dans ma conception du monde, l’enfer n’existe pas… donc ton barbeuk, tu sais où tu peux te le caler… voilà, à côté du crucifix.

Et du côté de St Nicolas du Chardonnay, ici en France, dans une communauté chrétienne, ça se passe comment ? Un de mes ex étudiants est allé y enquêter… et tout pareil. Si tu n’as pas la religion, la bonne, bien entendu, celle du Christ, on ne parle pas de toi en très bon termes… Il y a même vu un prêtre refuser de donner l’absolution à un homme devant un membre de sa famille parce que celui-ci s’était suicidé et que non, le suicide c’est mal et c’est pas bien au pays des croix, donc son âme hantera les bas-fonds de l’enfer.

Tout ça pour vous dire qu’il y a des tarés partout et qu’il suffit qu’une poignée s’enflamme pour qu’on en fasse tout un poème. Moi, j’ai choisi mon camp. J’ai vu des curés se faire fister, le Pape mourir plusieurs fois, des croyants s’attraper entre eux avec leur crucifix… Et tu sais quoi, lecteur ? Je kiffe !

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